« Hommes en guerre » De Andreas Latzko – Editions Agone

Article paru dans un Monde Libertaire

« Hommes en guerre » raconte l’humain au milieu d’un monde à feu et à sang. A hauteur d’hommes, nous faisant ressentir jusqu’à l’écoeurement qui saisit les tripes dans l’horreur de la guerre.

Ecrivain­ journaliste né à Budapest (Hongrie) en 1876, Andreas Latzko a servi durant un an dans l’armée d’Autriche­Hongrie en tant qu’officier de réserve volontaire de la Ersatzheer. La Première Guerre mondiale l’appellera sur le front de l’Isonzo, fleuve dont le trajet parcourt l’ouest de la Slovénie et le nord­est de l’Italie, et qui sera le théâtre de la majorité des nouvelles qui composent « Hommes en guerre ».

Gravement blessé en Italie, et victime de la malaria, il entre en convalescence à Davos (Suisse) à la fin de l’année 1916, ou il rédigera son œuvre majeur. Il s’installera ensuite à Berlin ou il continuera son travail d’écrivain. A l’arrivé d’Hitler au pouvoir , les livres de Latzko, considérés comme antipatriotiques et contre nature, sont brûlés lors autodafés. Il meurt à New­York en 1943.

« Hommes en Guerre » nous plonge dans l’horreur de la « grande guerre » au travers de six nouvelles toutes plus édifiantes les unes que les autres. La force de ce livre repose sur la capacité d’Andreas Latzko à nous immerger dans l’intime et les tourments d’individu.e.s…

Il interroge la réaction de celles et ceux resté.es à l’arrière qui, loin d’être révolté.es par la guerre sont au contraire fier.es, presque heureux.ses de voir leur frère, leur fils, leur père partir mourir pour la patrie ! Des sentiments exprimé à la face même de ceux qui rentrent, en permission ou éclopés.

S’ensuit l’inhumanité qui habite chaque gradé, chaque bourgeois resté au chaud, déléguant la défense de leurs intérêts aux les plus démunis envoyés mourir comme des chiens… Et encore, réserverait­on cela à des chiens ?

Une approche ­ et une interrogation ­ de la folie nous est offerte par une nouvelle aux dialogues ciselés et habiles : « Qui est le fou ? » Celui qui rentre malmené des combats ou celui qui l’y a envoyé mourir ?

La dernière nouvelle, le « retour au pays » d’une gueule cassée, est d’un réalisme cru. Ou personne ne reconnaît le survivant qui a perdu jusqu’à son visage et qui découvre que l’entreprise qui l’embauchait est maintenant plus que fleurissante, trouve sa petite amie dans les bras de son ancien patron, tandis que lui, l’ex « beau gosse », est désormais relégué au même rang que ce bossu dont il se moquait avant son départ… La lutte des classes dans toute sa splendeur.

Un ouvrage trop longtemps interdits (des dizaines d’années en France), plaidoyer en faveur de l’anarchisme et de l’antimilitarisme : sachons nous en saisir. Guerre à la guerre.

Jean-­Yves et Fab

Groupe Graine d’Anar

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