« Titi, viens voir ces soldats, ha ha. Ça c’est une armée ! »

Article extrait du Monde libertaire n° 1800 de novembre 2018

« Les fusils étaient posés au sol sur des trépieds et les gosses étaient allongés en position du tireur. J’ai été très choquée et je n’ai pas été la seule. » raconte une témoin.
Ce qu’elle a vu, elle ne l’a pas vu à la télé dans un énième reportage sur les enfants soldats en République centrafricaine, du côté de Daesh ou au Yémen…

Non, ce qu’elle a vu, là, juste devant elle, s’est passé dans une école primaire française. Jules Ferry, c’est le nom de l’école et c’est La Libre pensée qui a dévoilé ce qui risquait d’être tu :
Le 20 septembre 2018, des mômes, dans le cadre scolaire, en train de manipulés des fusils d’assaut Famas…


Comment en est-on arrivé là ?

Simplement en laissant fricoter une municipalité avec la grande muette kaki. Depuis environ 18 mois, Surgères, petite ville charentaise, est marraine du 515e régiment du Train, suite à un vote à l’unanimité du Conseil municipal. Une marraine dans Cendrillon, ça transforme une citrouille en carrosse. Pour la Marraine, à Surgères Il s’agit de changer l’image de l’armée, souvent associée à la guerre, alors que c’est elle le garant de notre sécurité . » dixit Madame la Maire divers droite. « Les militaires correspondent avec les élèves de l’école Jules-Ferry, par des rencontres et des lettres. Le but est sympathique et chaleureux. » Je veux mon neveu !

Alors quand les « marche-au-pas » passent dans le secteur. Z’ont juste envie d’aller faire la bise aux mômes. Et pourquoi ne pas en profiter pour leur montrer de bien beaux joujoux…
Donc, ce 20 septembre, une délégation de militaires s’est donc déployée sur la place, mais aussi à l’intérieur de l’école Jules-Ferry et du collège Hélène-de-Fonsèque. Avec plus de 20 véhicules de transport, protégés et blindés, sans oublier l’armement qui va avec.
Le 9 octobre 2015, c’est en Moselle, à Flastroff, que des soudards ont laissé jouer les mômes de l’école primaire avec des Famas.

Y a comme une belle histoire d’amitié entre l’Education Nationale et la Défense tout aussi Nationale :

Le protocole du 23 septembre 1982 signé entre deux ptérodactyles du PS, Charles Hernu et Alain Savary : Il donne l’esprit de la collaboration qui doit s’instaurer entre les deux institutions. Il part du principe que l’éducation est un acte global, non réductible aux activités scolaires ; que l’esprit de défense est une attitude civique non limitée aux activités militaires.
Parmi les mesures : Développement d’actions visant à concourir à la promotion de l’esprit de défense dans les activités éducatives. Comme un coup de froid dans le dos…

Le protocole du 25 janvier 1989 signé entre deux stégosaures du PS, Jean-Pierre Chevènement et Lionel Jospin. Il renforce le précédent et propose comme principe : « l’école et la défense ont un même objectif : la liberté ». On ne rigole pas…
Parmi les mesures : La Défense nationale est désormais inscrite dans les programmes d’éducation civique des écoles et des collèges. Le Ministère de la Défense mettra à la disposition du Ministère de l’Education, de la Jeunesse et des Sports des moyens matériels-fiches, documents audiovisuels- et humains pour aider les instituteurs et les professeurs des collèges à assurer leur enseignement sur les questions de défense pour lesquelles ils n’ont, en général, reçu aucune formation particulière.

Le protocole du 11 avril 1995 signé sous la présidence de François Mitterrand mais en fin de cohabitation entre François Léotard pour la Défense et François Bayrou. Il vise à l’ intégration de l’esprit de défense dans les programmes, à la sensibilisation et à la formation des enseignants.
Parmi les mesures : Le renforcement et la généralisation de la formation à l’esprit de défense, dans toutes les disciplines et à toutes les catégories de personnel (enseignants, formateurs en IUFM, personnel d’encadrement des établissements) …
Et enfin, le protocole du 31 janvier 2007 entre Gilles de Robien et Michèle Alliot-Marie.
Il vise à faire de tout jeune Français un citoyen formé, inséré socialement et professionnellement, et engagé dans la vie de la nation.
Parmi ses objectifs, plus précisément : Donner à l’enseignement de défense sa juste place dans la formation des futurs citoyens et dans la vie intellectuelle de notre pays. Contribuer à l’emploi des jeunes et à l’égalité des chances.

On notera la forte propension aux différents gouvernements de gauche à mettre les mômes entre les pattes des militaires.
Longue tradition de va-en-guerre pour cette gauche qui se réclame de Valmy et de cette révolution de 89 qui permettait enfin aux hommes du peuple d’accéder aux grades d’officier. Le fameux sang impur dont parle notre chanson belliciste nationale.
Jaurès ? Son assassinat ainsi que son pacifisme de circonstance ont fait oublier qu’il militait pour « la nation en arme » un peu sur le modèle suisse avec des milices, une préparation militaire dès l’âge de dix ans puis, à vingt ans, six mois de caserne et enfin des exercices jusqu’à trente-quatre ans. Au final, des citoyens longtemps armés, longtemps soldats… « Le pouvoir est au bout du fusil. Le fusil est au fond du placard… ».

Dites, les parents, les enseignants, les voisins, les amis… Vigilance extrême ! Il n’est pas question de laisser les « marche-au-pas » faire jouer les mômes aux petits soldats.
Non à l’embrigadement et au conditionnement des jeunes. Non au lien armée-nation.
Exigeons l’abandon du projet de service national universel obligatoire.

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